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Une sorte d’immense colonne de fumée orange décrivait comme un arc de cercle au-dessus des milliers de cristaux d’ethmane gelé qui recouvraient la surface de Kr. La colonne en question semblait émerger d’un gouffre entouré de glace, de plus d’un kilomètre de diamètre, et s’avérait particulièrement impressionnante. La chaleur extrême provoquait d’immenses jets de vapeur qui venaient effleurer les appareils des Skywalker avant de chuter en direction de la lune gelée.
Persuadés d’avoir enfin trouvé ce qu’ils cherchaient, Luke et Mara opérèrent un virage sur l’aile et commencèrent à accélérer, dépassant ainsi l’immense colonne de fumée. Luke aurait préféré faire un vol de reconnaissance pour s’assurer que le gigantesque gouffre était bien l’ouverture du hangar qu’il croyait être, mais la topographie déchiquetée de Kr et la lumière bleutée et glaciale avaient un effet neutralisant sur la vitesse et le camouflage de leurs FurtiXs.
Deux secondes plus tard, l’astrodroïd R9 de Luke – qui remplaçait depuis peu un R2-D2 pour le moins handicapé – émit une alarme signalant une attaque. Luke sentit Mara sursauter quand une explosion vint ébranler son FurtiX ; puis son propre chasseur stellaire opéra une double vrille improvisée. R9 informa Luke qu’ils étaient pris en embuscade par des vaisseaux-flèches Gorog, et l’écran tactique indiqua qu’une douzaine de ces petits appareils leur collaient au train, en provenance des profondeurs, invisibles aux capteurs, de la jungle d’ethmane gelé.
Luke poursuivit sa course en direction du Faucon, frôlant presque la jungle duveteuse. Logiquement, il aurait dû grimper dans les hautes sphères, là où leurs FurtiXs auraient été beaucoup plus avantagés, mais l’écran tactique lui signala l’arrivée d’une deuxième vague de vaisseaux-flèches en train de voler à découvert et fin prêts à leur bloquer la route.
Les Skywalker venaient à peine de survoler un kilomètre lorsqu’une nouvelle colonne de vaisseaux-flèches émergea sous leurs pieds.
Luke ressentit presque physiquement la panique de Mara. Ils avaient un peu tardé, et maintenant Gorog était en train de les encercler. La nuée se dispersa sous leurs yeux, créant un mur de fumée orange. Ils décidèrent d’ouvrir le feu en direction de cette masse tourbillonnante, afin de se frayer un chemin avec leurs FurtiXs.
Mais cela revenait à essayer de creuser un tunnel dans un nuage. Chaque fois qu’une brèche s’ouvrait, celle-ci se refermait aussitôt.
Tandis qu’ils gagnaient du terrain, le mur de fumée se mua en une sorte d’amoncellement de disques menaçants, avec au centre de chacun, la pointe noire d’un vaisseau-flèche. Mara continua de faire feu et Luke vint se placer juste derrière elle. La stratégie n’avait aucune chance de réussir mais Mara avait un plan. Luke en était convaincu.
Finalement, lorsque le nuage fut suffisamment proche pour distinguer les vaisseaux-flèches plus en détail, de larges traînées de combustible, signe que des missiles venaient d’être lancés, se mirent à scintiller en direction des Skywalker. Mara resta devant et fit grimper son appareil, tandis qu’un stabilisateur d’équilibre vibrait sous la pression intense. Les deux nuées les plus proches – celle qui les empêchait de fuir et l’autre qui leur collait aux basques – se mirent à les prendre en chasse.
Ils sont tout proches, avertit-elle.
Soudain, Mara opéra un piqué avec son FurtiX. Luke la suivit si rapidement qu’il faillit presque l’emplafonner, mais le Nid Obscur n’était pas dupe. Les vaisseaux-flèches se stabilisèrent et continuèrent à poursuivre les Skywalker.
Luke s’attendait à ce que Mara vienne se placer au-dessus de leurs poursuivants. Mais à la place, elle continua à piquer. La surface de la jungle de glace commençait à se rapprocher dangereusement et Luke finit par se demander si Mara allait pouvoir redresser son appareil.
Ce que, bien évidemment, elle ne fit pas.
Une rafale de lasers jaillit des canons du FurtiX de Mara, faisant fondre instantanément les cristaux de glace sous ses pieds. Une fumée marron vint troubler le champ de vision de Luke. Il passa en pilotage automatique et suivit l’appareil de sa femme à travers le nuage, avant de plonger au cœur des profondeurs de la jungle de glace. Des pics d’ethmane gelé se dressaient un peu partout, dans un bleu translucide et éclatant dû à la lumière lointaine de Gyuel. On aurait dit qu’ils allaient engloutir les FurtiXs avec leurs longs et délicats bras de givre.
Mara redressa son appareil et se faufila entre deux imposants monticules, avant de s’écraser contre un rideau de gel, provoquant une sorte d’explosion de microparticules de glace. Luke esquiva une arche gelée et vint se positionner juste devant Mara.
Il s’excusa à travers la Force et lui projeta une image mentale du stabilisateur d’équilibre qu’il avait vu collé à son aile.
Peu importe, répondit-elle.
Luke sentit une secousse soudaine en provenance du nid et se demanda si son épouse n’était pas en train de perdre la tête.
Mara le poussa à réfléchir. Gorog s’attendait à ce qu’ils rejoignent le Faucon.
Selon Luke, il était préférable de faire totalement le contraire… et d’aller jeter un œil à l’intérieur de ce maudit nid. Il focalisa toute son attention sur la jungle gelée qui s’étendait devant lui et commença un exercice de respiration Jedi, autorisant son esprit à survoler les monticules d’ethmane et trouver son chemin entre les couloirs vallonnés et les canaux ondulés. Le temps sembla se ralentir. Il abandonna le bras qui dirigeait l’appareil au contrôle de la Force et sa main se mit à bouger toute seule, guidant le FurtiX de pic chatoyant en pic chatoyant, traversant des rideaux de brume bleutés, esquivant de longues stries de givre, créant des ouvertures à travers des murailles de glace presque indestructibles.
Mara resta collée à lui, et trente secondes plus tard, ils traversèrent un petit portail de glace et pénétrèrent à l’intérieur d’une sorte de gouffre bleuâtre tellement étroit que Luke dut faire légèrement vriller son FurtiX.
Par la bave de Hutt !
Luke perçut l’effroi de Mara à travers la Force et son cœur faillit jaillir hors de sa poitrine. Puis, alors qu’il continuait à tourbillonner, il aperçut la brèche que le FurtiX avait creusée en percutant le mur de glace. Son écran tactique lui indiqua que Mara le suivait toujours, non sans difficultés.
Mara ?
Je vais bien ! répondit-elle.
Luke poursuivit sa vrille, inclinant le FurtiX sur une aile afin qu’il puisse contrôler sa vision des deux côtés de l’appareil. D’après ses estimations, ils se trouvaient à environ deux kilomètres de profondeur, bien qu’il fût impossible de le confirmer. A cette distance, les capteurs des FurtiXs n’allaient pas plus loin que les murailles d’ethmane gelées.
Mais le gouffre continuait à se rétrécir. Pis, il se repliait sur lui-même, dissimulant l’entrée du nid. Mais aucune trace de vaisseaux-flèches.
Ce calme apparent ne fit rien pour rassurer Mara.
Luke n’aimait pas trop cela, non plus. Gorog n’aurait jamais laissé le nid sans protection. Il sentit les poils de sa nuque se dresser, et décida qu’ils en avaient vu assez.
Mara, qui s’était positionnée de l’autre côté du gouffre, fut d’accord et commença à grimper. Leurs boucliers tremblotaient et ce stabilisateur d’équilibre était toujours en train de s’agiter sous son aile.
Luke vint se placer derrière elle ; puis un signal d’alarme se fit entendre et un canon laser se mit à tirer une série de salves à l’intérieur du gouffre. Il ressentit un nouveau sursaut d’émotion chez sa femme – de la colère, cette fois – tandis qu’elle essuyait trois tirs. Ses boucliers cédèrent d’un coup, et le bout des deux ailes tribord disparut avec la troisième.
Luke ne prit pas la peine d’étudier son écran tactique. Il se contenta d’opérer un piqué avec son FurtiX, tout en commençant à ouvrir le feu. C’est à cet instant précis qu’il vit le nez du skiff volé d’Alema, avant que celui-ci ne disparaisse soudainement. Il continua à tirer quelques secondes de plus, déversant toute sa rage et son incrédulité à travers la Force, avant que la courbe du gouffre ne disparaisse derrière un rideau de vapeur d’ethmane. Il ne perçut ni honte, ni chagrin chez la Twi’lek. Seulement cette présence sombre nichée au cœur du Nid Obscur.
Dès que les tirs cessèrent, Luke opéra une nouvelle vrille inversée qui lui permit de garder un œil sur les deux extrémités du passage. Mara était toujours derrière lui, à essayer, tant bien que mal, de stabiliser son FurtiX. Ses deux réacteurs tribord s’éteignirent de manière brutale et l’armature de ses ailes se mit à vibrer dangereusement.
Mara ?
Tout est OK, indiqua-t-elle.
Cela n’en avait pas l’air. Luke était sur le point de lui dire d’essayer de grimper lorsque l’entrée du gouffre s’illumina sous l’éclat orange des fusées de vaisseaux-flèches.
Mara finit par redresser son FurtiX et mitrailla le mur de glace, essayant de se frayer un passage à travers la jungle d’ethmane.
Les trains d’atterrissage de ses ailes tribord se détachèrent dans un festival d’étincelles et de mini-explosions. Puis elle partit de nouveau en vrille et dépassa Luke à la vitesse de l’éclair, avant de disparaître dans le nuage de fumée, un peu plus bas.
Luke sentit Mara qui tentait de l’atteindre, usant de la Force pour redresser son FurtiX. De son côté, il essaya de la rassurer et de lui faire savoir qu’il n’allait pas l’abandonner. Il entra ensuite en contact avec Leia à travers la Force, lui faisant part de son angoisse et lui envoyant une image mentale du chasseur stellaire en train de s’écraser. Puis il piqua en direction de Mara.
Il la rattrapa de l’autre côté du brouillard. Elle s’aidait de la Force et de ses dons de pilote pour tenter de reprendre le contrôle du FurtiX, qui continuait toujours à descendre en vrille.
Le gouffre s’enroulait encore sur sept kilomètres à l’intérieur de la lune de glace, de plus en plus étroit et entortillé. L’entrée carrée d’une zone d’atterrissage semblable à une caverne finit par faire son apparition au fond du gouffre, à environ un kilomètre de distance.
Luke arma deux torpilles à proton et suggéra à Mara de faire de même. Ils fallaient à tout prix qu’ils restent en vie.
Avec plaisir !
Mara stabilisa l’appareil suffisamment à temps pour pouvoir lancer deux torpilles en direction de l’entrée de la caverne. En d’autres circonstances, Luke se serait senti coupable, sachant que le skiff d’Alema venait tout juste de pénétrer dans le hangar. Mais pour l’heure – et même si la Twi’lek était sous l’emprise du Nid Obscur – il n’éprouva aucun remord. Quoi qu’il arrive, Alema était déjà condamnée.
Une déflagration aveuglante illumina l’entrée de la caverne lorsque les torpilles de Mara explosèrent. Le gouffre fut soudain rempli d’une multitude de particules de glace. Luke activa son ordinateur de ciblage, mais entre le FurtiX tourbillonnant de sa femme et les interférences causées par l’ethmane gelé, il était absolument incapable de viser quoi que ce soit.
Mara. Luke glissa son doigt sur le bouton du contrôle des torpilles. Surtout, reste sur la gauche.
Le premier barrage de turbolaser en fusion jaillit des batteries Hapiennes et Kr disparut soudain derrière un flamboyant voile d’énergie. Les Chiss ripostèrent avec une série de tirs de missiles et un millier de traînées de combustible scintillèrent dans le cosmos. Quant à Yan, il fit pivoter le Faucon et esquiva de justesse ce véritable tonnerre de feu.
— Non ! (Leia avait les yeux rivés sur son écran.) Luke et Mara ont besoin d’aide !
— Ils n’auront rien du tout si on ne sort pas fissa de ce foutoir, répondit Yan. (En cinquante-cinq ans de pilotage, il n’avait jamais vu une bataille aussi dense. Il devait bien y avoir une centaine de vaisseaux en train de combattre à la surface de la lune, sur une distance de près de quatre-vingts kilomètres.) Et puis, je ne suis pas aussi bon que certains le disent.
— Mais si Yan, tu l’es.
— Ecoute, plutôt crever que de m’en aller, fit Yan. Il faut juste qu’on réfléchisse à une autre alternative.
La voix de Leia se fit plus sobre.
— Yan, je pense qu’ils se sont fait abattre.
— Abattre ? (Yan sentit une boule lui nouer l’estomac.) Qu’est-ce que tu veux dire par abattre ?
— Qu’ils se sont écrasés, répondit Leia. Ils ont peut-être besoin…
Yan fit demi-tour et fonça droit vers Kr.
— … d’être récupérés, conclut Leia.
— Comment c’est arrivé ? demanda Yan. (L’espace devant eux n’était plus qu’un étincelant champ de bataille, traversé de salves de missiles et de turbolaser en fusion.) Ce sont des Jedi, nom d’un Bantha !
— Les choses tournent mal, même pour les Jedi, dit Leia. 3PO, va chercher nos scaphandres d’évacuation.
— Vos scaphandres d’évacuation ? répéta C-3PO, interloqué. Si vous sortez avec vos scaphandres, vous êtes condamnés ! Les chances de survie sont de… voyons… impossible de les calculer !
— C’est toujours mieux que de ne pas avoir de scaphandres du tout, observa Yan. Fais ce qu’on te dit. Il nous en faudra sûrement pour retrouver Luke et Mara.
— Comme vous voulez, Capitaine Solo, répondit C-3PO. Mais je ne pense pas que nous aurons survécu d’ici là.
La zone de combat s’illumina de plus belle et la verrière du Faucon s’assombrit automatiquement. Yan étudia ses instruments et n’y trouva rien de plus que quelques parasites électromagnétiques dont la densité s’accentuait à mesure que l’espace s’illuminait.
— Chérie, demanda Yan de sa voix la plus innocente possible. Tu crois pouvoir refaire ce truc Jedi… ?
— Silence. (Leia était déjà en train de scruter l’extérieur de la verrière, avec une expression lointaine.) J’essaie de me concentrer.
Une secousse ébranla la cabine de pilotage tandis que Meewalh activa les lasers sous le ventre du Faucon, en direction d’une menace que Yan n’avait su anticiper.
— Qui c’était ? demanda Yan à travers l’unité com.
Meewalh l’informa qu’il s’agissait d’un chasseur stellaire non identifié.
— Chérie ?
— Je me concentre !
Le poing invisible d’une explosion de turbolaser éclaira la face bâbord du Faucon, perturbant instantanément les boucliers et provoquant une série de vrilles incontrôlables.
Les signaux d’alarme se déclenchèrent aux quatre coins du cockpit et Leia se mit à hurler.
— Bâbord ! Vire à bâbord ! finit-elle par dire.
Il parvint à redresser le Faucon – heureux de voir qu’il en était toujours capable – et vira brutalement à bâbord.
— C-3PO, fais-moi un rapport des dégâts.
Le droïd lança un scaphandre / EV sur le sol.
— Nous avons perdu notre compensateur auxiliaire d’accélération ! bredouilla-t-il. Et notre capteur bâbord est sévèrement endommagé. On ne s’en sortira jamais vivants !
— Les dégâts zont minimes, déclara Saba à travers l’unité com. Saba va aller y jeter un œil.
Yan fronça les sourcils. Il manquait toujours un morceau de crâne à la Barabel mais elle avait réussi à convaincre Luke de l’emmener. Et mieux valait ne pas protester.
— Grimpe ! ordonna Leia.
Yan tira la manette des gaz et sentit le Faucon s’ébranler lorsque quelque chose explosa sous la coque.
— Plonge !
Yan poussa la manette des gaz et fut presque éjecté de son siège quand une salve de turbolaser vint heurter l’arrière de l’appareil.
— A tribord, doucement.
Yan vira à tribord et la tramée rouge d’un tir de missile zébra devant la verrière assombrie du Faucon.
— Droit devant, vite !
Yan passa en vitesse surmultipliée. La verrière redevint transparente. Et malgré cela, impossible d’y voir quoi que ce soit. Seulement un épais nuage marron, rougeoyant çà et là sous l’effet des tirs de missiles et dessinant quelques nuances de bleu dues aux propulseurs ioniques des chasseurs stellaires.
— Ils l’ont fait fondre ! suffoqua Yan. Ils ont fait fondre une…
— Ton écran, Yan !
Yan baissa la tête et observa le spectacle rassurant d’une bataille spatiale sur son écran tactique. Plusieurs dizaines d’escadrons de chasseurs stellaires tourbillonnaient autour de Kr, tout en tirant d’incessantes salves de laser. Un croiseur Chiss isolé flottait tranquillement au-dessus de la masse lunaire, jouant au moog et au rancor avec une paire de Novas Hapiennes.
La surface de Kr, une épaisse couche d’ethmane gelé invisible aux capteurs, semblait littéralement disparaître sous leurs yeux. A chaque fois qu’un tir de canon venait frapper le sol, une zone de glace s’effaçait de l’écran tactique de Yan.
Leia distingua l’empreinte décolorée laissée par les torpilles à proton de Mara et rétablit leur signal de navigation. Yan dirigea le Faucon sous la lune, fonçant tout droit vers leur destination, à cent mètres à peine sous la surface déchiquetée de Kr. Leur objectif était situé à environ dix kilomètres devant le croiseur Chiss. Yan décida donc de ralentir la cadence. Dans une bataille comme celle-ci, la seule manière de ne pas se faire abattre consistait à éviter de se montrer trop menaçant.
Tandis que le Faucon longeait le croiseur, une griffe surgit du brouillard avant de venir se positionner juste au-dessus de l’appareil.
C-3PO actionna la communication d’urgence.
— Ici le Faucon Millennium. Ceci est un appel à tous les combattants. Nous ne sommes pas impliqués dans ce conflit. Veuillez, s’il vous plaît, ne pas ouvrir le feu ! Je répète : nous sommes neutres !
La griffe opéra un piqué et regagna le champ de bataille, qui sévissait au loin, derrière le Faucon. Le signal de navigation revint se placer doucement au centre de l’écran.
Le skiff volé était en train de flotter au milieu des décombres – une masse de duracier tout aplati vacillant sous la lumière des deux projecteurs encore valides du FurtiX de Mara. Il n’y avait aucun moyen de savoir si Alema et l'« amie » Killik de Ben s’étaient trouvées à bord quand les torpilles à proton avaient pulvérisé la zone d’atterrissage. Mais Mara était convaincue que le duo avait réussi à s’échapper. Jusqu’ici, elle n’avait vu aucune trace du corps de la Twi’lek dans les gravats. Sans compter qu’Alema était une Jedi. Elle aurait déjà senti le danger et aurait déjà couru se cacher.
Mara dirigea son FurtiX lourdement endommagé vers une brèche déchiquetée sur le mur arrière de la zone d’atterrissage. Ses projecteurs illuminèrent un hangar d’entretien équipé de plusieurs postes d’amarrage destinés aux vaisseaux-flèches. Elle enfila son scaphandre, guida son FurtiX jusqu’au pont, et le posa entre deux réservoirs de stockage ovoïdes et complètement délabrés.
Sachant que Luke allait logiquement couvrir ses arrières, Mara se hissa hors du cockpit et grimpa directement vers le plafond, pour atteindre une sorte de poutrelle en permabéton, qui avait dû servir de passerelle d’accès au Gorog. Voyant que personne ne l’attaquait, elle rangea son sabre laser, dégaina son blaster et couvrit Luke pendant qu’il se posait à son tour.
Une grande partie de son esprit – celle qui appartenait à la maman du petit Ben – aurait préféré rejoindre le Faucon et revenir avec les Solo et l’artillerie lourde. Mais, dès que son astrodroïd R9 s’était fait terrasser, elle avait su qu’une telle chose ne pouvait être possible ; Luke n’aurait pas non plus pu la laisser seule. En outre, La situation n’était pas si catastrophique. Elle et Luke s’étaient déjà trouvés dans de telles situations extrêmes. Et ils l’avaient emporté à chaque fois.
Luke abrita son FurtiX au fond d’un réservoir de stockage. Mara vint immédiatement l’y rejoindre. Ils évitaient de trop s’éloigner des projecteurs. Mais il y avait suffisamment de lumière ambiante pour voir que Luke serrait les lèvres derrière son casque.
— Qu’est-ce que tu en penses ? (Mara s’exprima à travers le micro de son scaphandre. Elle sollicitait la Force afin de garder ses sens éveillés en cas de danger.) On va jeter un œil ?
Luke secoua son casque.
— A vrai dire. Je ne… Il se tourna vers son FurtiX et ordonna à son R9 : Arnie, va te trouver un coin sombre et…
La phrase fut soudain interrompue par l’éclat orange d’un tir de fusée qui illumina la zone d’atterrissage. Mara saisit le bras de Luke et commença à courir. Elle se servit de la Force pour les guider jusqu’à une sorte de porte membrane au fond du hangar d’entretien. Arnie grésilla une question, mais la communication fut brutalement coupée lorsque trois flashs illuminèrent la salle.
Il n’y eut aucune explosion mais Mara commença à sentir comme une vague de chaleur la submerger à l’intérieur de son scaphandre et l’onde de choc les fit tous deux vaciller avant de les propulser dans une sorte de couloir d’urgence.
Sans qu’aucune gravité ne vienne les ralentir, ils continuèrent à flotter avant de heurter un mur, deux secondes plus tard. Mara atterrit sur le dos. Elle eut le souffle coupé mais, à son grand soulagement, ne se cassa rien. Le léger grésillement du micro indiquait que Luke avait endommagé son casque. Elle voulut lui demander si tout allait bien. Mais elle le sentit qui faisait de même et sut que tout était OK.
— Vérifie l’état de ton oxygène, déclara Luke en reprenant ses esprits.
Il était inutile de lui rappeler. Les signaux vitaux étaient normalement allumés.
— Je vais bien, dit-elle. Et toi ?
— J’entends un léger sifflement, répondit-il, lui indiquant qu’il y avait une légère fuite d’air. Mais on ferait mieux de s’occuper de ça plus tard.
Il indiqua le hangar d’entretien. Trente mètres plus loin, l’éclat orange des tirs de fusées semblait éclairer une parcelle d’un tunnel incurvé, scintillant à mesure que les vaisseaux-flèches atterrissaient et éteignaient leurs réacteurs en une sorte de flot ininterrompu.
— Je ne me rappelle pas avoir déjà vu de scaphandres d’évacuation à l’intérieur des hangars Taat, déclara Mara, pleine d’espoir.
— Moi non plus… Mais une carapace peut facilement passer pour un scaphandre.
— Espèce de rabat-joie. (Mara tourna son poignet et entra un code à quatre chiffres sur le module de commandes situé sous son avant-bras. L’alarme d’autodestruction du FurtiX commença à biper à l’intérieur de son casque, et un compte à rebours fut enclenché.) Allez, Skywalker. Allons voir ce qui se passe en attendant l’arrivée du Faucon.
Mara se tourna vers le hangar et s’engouffra dans l’obscurité lointaine.